Petite Histoire de la Matriochka
Le succès des Matriochkas n'est pas le fruit
du hasard...
Matriochka est dérivé du prénom féminin Matriona,
qui était assez répandu dans les campagnes Russes au 19e et
au début du 20e siècle.
C'est pourquoi l'image communément associée à la Matriochka
est celle d'une femme campagnarde, plutôt ronde et robuste, et entourée
d'une multitude d'enfants espiègles et joueurs.
Les Matriochkas sont habituellement vêtue dans la traditionnelle
Sarafan, la robe rustique et pratique utilisée dans la rude vie des campagnes, éventuellement
agrémentée ou complétée par un châle de
laine chaud et protecteur pour se garder de la rudesse du climat.
Mais la Matriochka (Poupée Russe ou Poupée gigogne)
que l'on connait de nos jours, est née de la rencontre ou d'un échange
entre deux cultures, Russe bien sûr, et Japonaise.
La tradition des poupées "familiales" était assez
répandue dans le Japon du 19e siècle, avec bien sûr plusieurs
types de poupées ayant chacune une signification symbolique bien particulière,
et le peintre Russe Serguei Malioutine ayant rapporté l'une
des ces poupées d'un de ses voyages au Japon, eu l'idée d'adapter
cette idée au savoir faire de l'artisanat campagnard Russe de l'époque.
Les Poupées Japonaises n'étaient pas imbriquées.
Les Russes, connaissant et maîtrisant depuis longtemps l'art de créer
des objets tournés en bois, Serguei Malioutine eut l'idée de
créer des poupées emboitées (poupées gigognes).
La grande poupée extérieure représente la Mère,
la "Matriochka", les autres s'imbriquent dans les précédentes,
et étant de plus en plus petites, elles représentent les enfants,
jusqu'à la plus petite représentant
généralement un nouveau né.
Un ami de Serguiev, le tourneur Vassili Zvezdotchkine qui fut chargé de
réaliser cette Matriochka.
Techniquement, ces Matriochkas représentaient un challenge,
car étant
chacune en deux parties, la jonction entre la partie haute et la partie
basse devait être réalisée avec précision pour
n'être
ni trop serrée, ni trop lâche.
Ceci est rendu d'autant plus
difficile que le matériau étant le bois, la poupée est
soumise à des
variations de taille et de forme en fonction de la température
et de l'hygrométrie du milieu dans lequel il se trouve. Le
choix de l'essence de bois était essentielle, puisque qu'elle donnerait
ses caractéristiques
physiques et mécaniques à l'objet
envisagé.
Le tilleul fut donc choisi comme essence principale pour la fabrication des
Matriochkas.
C'est un bois tendre, économique, séchant
rapidement (2 ans pour les matriochkas), disponible en grande quantité,
stable, et
formé de
fibres fines et très
régulières. C'était
un choix idéal car il est facile à travailler, ce qui est très
important compte tenu de la minceur des parois.
On utilise également le bouleau qui a des propriétés similaires.
Enfin, l'utilisation d'une pièce de bois unique pour fabriquer l'ensemble
des poupées résoud le problème des variations éventuelles
de taille et de forme, puisque les parties hautes et
basses de chaque matriochka varient
de la même façon.
Pour tout savoir
sur la fabrication d'une matriochka
Petit
à petit, les
Matriochkas prenaient forme.
Cette poupée tournée et imbriquée ne pouvait pas avoir
de bras.
On pouvait éventuellement en envisager pour la Matriochka externe, mais pas
pour les internes.
Qu'à cela ne tienne, les spécialistes de la Miniature que
sont les peintres Russes en ont vu d'autres, et la décoration peinte
sur chacune des poupée s'accomode sans problème de ce challenge
en les dotant de bras peints parfaitement représentatifs, et au moins,
ceux-là, ils ne seront pas décrochés par les charmants
bambins à qui elles étaient destinées.
Car au départ, les Matriochkas des jouets pour les enfants.
Quoi de plus amusant que de démonter chacune des matriochkas, une
par une, jusqu'à découvrir la toute dernière, ce jeu étant éducatif
puisqu'il développe l'habileté manuelle des plus petits, notamment
pour le remontage, il permet d'apprendre les premiers éléments
de calcul (on trouve des matriochkas de trois à trente pièces,
et développe la conscience familiale et le respect de la mère,
qui englobe, protège et engendre toute la famille.
Il est curieux d'ailleurs de voir que la première réaction
de toute personne adulte qui tient pour la première fois une matriochka
dans ses mains consiste à la démonter jusqu'à la dernière,
comme l'avait imaginé son inventeur.
Et c'est ainsi qu'en 1890, la première Matriochka était née.
Assez simple tant dans sa forme que dans sa décoration, elle préfigurait
néanmoins ce que deviendrait les Matriochkas d'aujourd'hui.
Cette
poupée, que vous pouvez voir à droite, est aujourd'hui conservée au Musée
de la Poupée Russe à Serguïev Possad.
L'idée fit rapidement son chemin, et en 1900 cette poupée
nouvelle fut présentée à la Grande Exposition Universelle
de Paris ou elle remporta la Médaille de Bronze pour son intérêt
innovateur et la qualité de sa fabrication.
Cet événement fit grand bruit et dans le monde entier des
amateurs se mirent à rechercher ces étonnantes poupées
russes, et c'est ainsi que démarra la grande histoire des Matriochkas.
Partout en Russie des artisans se mirent à peindre
des Poupées Russes.
De véritables peintres furent sollicités pour leur décoration,
des courants se formèrent, des "écoles" apparurent,
et finalement de grands artistes s'intéressèrent à ces
banales Matriochkas.
La décoration naÏve originelle se diversifia, des thèmes
apparurent, allégoriques, emblématiques, narratifs, avec un
enrichissement constant de la finesse de la décoration. L'utilisation
de peintures de haute qualité, de dorures, de finition exceptionnelles
et même de sculpture contribuèrent à en faire de véritables
oeuvres d'art.
Aujourd'hui, on peut ainsi trouver toutes sortes de matriochkas, de la plus
simple à la plus sophistiquée, jusqu'à l'exceptionnelle
Matriochka
de collection.
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